Le Nada Yoga ou Yoga du Son

L'importance du son dans le Yoga : la dualité :

Selon Swami Sivananda Sarasvati, le son est la première manifestation de l'absolu. C'est le son qui, ensuite produit la manifestation. (Le "verbe" dans saint Jean).

La notion de création dans le Yoga est cyclique. Il y a création, maintient puis dissolution sans cesse. La vie n'a pas de commencement, elle est éternelle ; chercher son origine n'a donc pas de sens. 

Ma première manifestation de la création vient de la vibration du son OM (ou AUM). Et cette vibration viendrait d'une "pensée" du Dieu créateur : Brahman. Ce Brahman étant non duel, un, laissa échapper la pensée "laissez-moi devenir plusieurs". Cette pensée causa une vibration qui aurait le son qui ressemble au son de la syllabe OM. Du calme infini survint donc une impulsion causale, un point d'impulsion (bindu) qui va polariser la conscience "sans changement" en 2 pôles appelés "Shiva et Shakti" dans l'Hindouisme ou "Purusha et Prakritti" dans la philosophie Samkya, ou "conscience et énergie" dans le Yoga ou encore "son et sens" dans le Nada Yoga ou encore "je et l'expérience" en pratique ; enfin tout ce qu'on appelle "dualité".

Brahman serait la conscience suprême, qui peut être vue comme une lumière, ce qui est lumineux, comme la racine latine "DIES" de Dieu qui signifie "briller, être lumineux" et qui provient de la racine sanskrite "DIV".

L'énergie peut donc se dire Shakti ou Logos ou Verbe ou conscience dynamique. La conscience stable peut se dire Shiva.

 

La création : du point à la manifestation :

Toute manifestation naît donc du mental "cosmique" symbolisé par l'oeuf cosmique ou Hyranyagarbha, la matrice d'or. De celui-ci émerge un point "bindu" qui englobe le temps, l'espace et la matière sous forme d'un germe unique.

Quand les 2 pôles de ce point : le temps et l'espace se rapprochent du centre : la matière, il y a explosion au sein de la matière ; c'est l'origine de la création. L'univers serait donc le produit de cette explosion qui survint dans le noyau du mental universel. La naissance est comme un cri, une parole, un éclatement d'énergie, un BigBang initial.

Il y a donc un lien fort entre le son (nada) et le souffle (prana). La manifestation n'est donc rien d'autre que l'apparition de la conscience. Nada signifie "courant de conscience" de Nad qui signifie "flux, couler".

Le son est donc le résultat de l'union de Shiva et de Shakti. On retrouvera toujours dans le Yoga cette notion de Trinité : 2 parties en union et leur résultante :

  • les 3 corps : causal, subtil et grossier,
  • les 3 états individuels : veille, sommeil, rêve,
  • les 3 lettres ou boucles du son AUM,
  • les 3 niveaux de conscience : inconscient, subconscient, conscient,
  • les 3 agents d'expression : corps, parole, esprit,
  • etc...

But du Nada Yoga : retrouver la source :

 

La nature de OM ou AUM est lumière, c'est le silence, l'état causal, ou sans son : anahada.

Dans ses yoga-sutras, Patanjali dit que AUM est le mot qui dénote Dieu (Ishwara). Nous ne pouvons le voir mais nous pouvons en faire l'expérience à l'aide du mantra AUM et de sa forme appelée Yantra. Tout est représenté dans les 3 lettres A-U-M qui se retrouvent dans les 3 boucles de la lettre sous sa forme sanskrite :

  • le masculin, féminin et neutre,
  • le passé, présent et futur,
  • l'intellect (buddhi), le mental (manas) et l'ego (ahankara),
  • le veille, le subconscient et l'inconscient.

A partir de ce son, on se connectera à la source d'où il provient, dans l'écoute de son silence final.

Les pratiques d'émissions de sons non-articulés :

En règle générale, il est mieux de croire en rien, d'être ouvert, de pratiquer et de voir sa propre expérience. Le son est la base de l'éducation en Inde. Un jeune indien qui souhaitait devenir architecte alla voir son Maître qu'il lui dit d'apprendre d'abord la sculpture. Mais pour connaître la sculpture, il faut apprendre à dessiner. Et pour connaître le dessin, il faut apprendre à danser. Et enfin pour connaître la danse, il faut apprendre le chant et la musique.

Les Rishis et Munis (savants et sages de l'Inde ancienne) ont repéré les sons dans la nature et les ont classés afin de distinguer 12 notes, comme nos notes de musique. Chaque note de musique évoque une émotion (rasa) ainsi qu'une couleur. Ces sages ont distingué 9 émotions principales en musique : la gaieté, la tendresse, l'effroi, le dégoût, l'érotisme, l'étonnement, l'héroïsme, la colère et le calme.

Les notes seront donc chantées afin de canaliser et d'éveiller l'énergie en nous, en particulier le long de la colonne vertébrale. Dans certaines postures (asana) et certaines respirations (pranayama) du Yoga, il y a aussi parfois émission de son non articulés (des notes et pas plusieurs syllabes).

Emission de sons articulés :

Nous distinguerons 4 pratiques d'émission de sons articulés (plusieurs syllabes) :

  • les mantras,
  • le chant Dhrupad,
  • les Bhajans,
  • les Kirtans.

Les mantras :

(langage non parlé) provient du coeur selon Swami Niranjanananda Sarasvati, disciple successeur de Swami Satyananda Sarasvati.

"Man" étant la pensée, la puissance, la Shakti : le mantra comme suite de plusieurs syllabes devient la parole de la pensée.

"Tra" signifiant protéger, sauver, le mantra est donc une protection du mental (pendant sa récitation, nous ne pensons pas à d'autre chose !).

Un mantra n'est donc pas qu'un simple assemblage de lettres ou de syllabes, c'est une masse d'énergie particulière. Il éveille un pouvoir supra-humain ou Shakti. Une simple parole est soumise à la naissance et à la mort, tandis qu'un mantra est directement Brahman, inépuisable et impérissable.

Le Maître ou "Guru" (=étymologiquement "celui qui dissipe l'obscurité"), qui transmet un mantra à un disciple, est lui-même présent dans ce mantra ! Son corps peut mourir, mais le Guru ne nous quitte jamais. La graine semée par le Guru est immortelle. Mais c'est en faisant régulièrement ce que le Guru nous a dit, que l'on apportera à la graine de quoi se développer.

Recevoir un mantra est donc recevoir une bénédiction et une protection. Choisir un mantra nécessite la connaissance de l'astrologie indienne et avoir des yeux intérieurs ! Une fois qu'on a reçu un mantra d'un Guru, il suffit de 10 minutes par jour de récitation, pour s'isoler et tout oublier.

La répétition du mantra se dit "japa". Il y aura 4 niveaux de répétitions : orale, murmurée, mentale et au-delà du mental.

Le chant Dhrupad :

C'est la forme musicale classique la plus pure de l'Inde. Cette forme de chant serait née dans les temples où on chantait à l'origine le son primordial OM. Puis il y eu la récitation ryhtmée des textes védiques qui évolua vers des chants plus élaborés.

 

Les Bhajans :

sont des chants ou poèmes composés selon la technique des Ragas de la musique classique de l'Inde. Le chanteur peut ne chanter qu'une seule ligne ou qu'un seul chant pendant des heures. Cette pratique peut mener facilement à Dharana (concentration) et Dhyana (méditation).

Les Kirtans :

ressemblent aux Bhajans. Le chant est moins élaboré techniquement et sa mémorisation est aisée par tous. Une personne chante une phrase et l'assistance la répète. On peut continuer ainsi pendant des heures. Swami Sivananda Sarasvati dit que si l'on pratique le Kirtan devant une personne malade alitée, celle-ci se rétablira rapidement. La force obtenue par le groupe et ses effets sont démultipliés.

Les pratiques d'écoute de sons intérieurs :

 

 

Pour ces pratiques, nous nous préparerons avec Pratyahara et la conscience de Bindu. Les exercices seront basés sur l'attention de plus en plus subtile sur les sons intérieurs et en particulier en Bindu (endroit dans la tête).

6 pratiques sont principalement utilisées dans les séances de Yoga à l'YTS de Pont Sainte Marie : Nada, Shabda et Bija Sanchalana, le mantra SoHam, Chaturtha Pranayama et l'écoute des silences.

Le principe de base est de se boucher les oreilles et d'écouter un son intérieur.

Les pratiques d'écoute de sons extérieurs :

Il y a la musique sacrée indienne basée sur la technique des Ragas. Au début sans rythme indiquant la notion d'espace créé puis avec l'installation d'un rythme indiquant l'apparition de la notion de temps. Le Raga va mener l'auditeur à un certain état d'esprit (raga = couleur de l'esprit).

Selon Swami Sivananda Sarasvati, la musique n'est pas un instrument de plaisir mais une sadhana de Yoga pour atteindre la réalisation de Soi. La musique prend le dessus sur les fluctuations du mental et arrive à les contrôler. Elle relaxe les tensions, ramollit le coeur d'une personne très dure et va amener la personne vers une compréhension plus subtile qu'intellectuellement car au-delà des mots et des concepts.

Nous obtenons donc de véritables réalisations spirituelles en face d'un musicien faisant passer ses propres réalisations par la musique. Celui-ci ne doit pas transmettre des émotions, contrairement à notre musique d'aujourd'hui où on essaye plus d'exprimer ses propres émotions, mais le musicien doit faire passer ses propres réalisations spirituelles.

Les effets sur le corps physique :

Le son agit sue la matière, il peut même détruire des objets. Notre corps est essentiellement constitué d'eau et l'eau réverbère facilement les vibrations. Un jet de pierre dans l'eau provoque des ondes qui se propagent régulièrement à la fois au-dessus et en-dessous de la surface de l'eau. Il y aura donc une influence, pas seulement au niveau des oreilles mais aussi dans notre structure cellulaire.

Sur le plan physiologique, l'émission des sons prolongera l'expiration favorisant des inspirations amples et profondes et une élimination massive des toxines. Il y aura un micro-massage des principaux organes abdominaux, un relâchement des muscles de l'appareil respiratoire.

Le squelette tout entier sera en résonnance et une sensation nouvelle, plus subtile et plus globale du corps apparaîtra.

Les sons agiront sur les différents plexus nerveux du corps ainsi que les glandes endocrines et leurs organes adjacents.

Le cerveau droit, siège de la vie affective, de la mystique, de l'inconscient, de la spiritualité, de la sensibilité sera favorisé. Le mantra yoga favorisera le cerveau gauche, celui du langage, de la raison.

Les effets sur le mental :

Le son aura tout d'abord une action simple de présence comme pour une fumée d'encens ou une fleur créant une atmosphère particulière.

La conscience s'introverti facilement et les obstacles disparaissent. Cette pratique sera donc utile pour les personnes ayant un fort attachement.

En méditation, le Nada Yoga permettra Pratyahara plus facilement (le retrait des sens). Le silence sera obtenu par les extinctions des sons.

Les sons musicaux agiront sur les centres émotifs alors que les formes articulées (mantras) agiront sur l'intellect.

Déjà Aristote parlait des rapports entre les sons et le système nerveux qui nous incitent à la tristesse, la gaieté, la tendresse, etc... Les sons éliminent les tensions mentales et les pics d'activités de conscience tels le stress, les désordres, les perturbations et les émotions.

On acquiert progressivement la notion d'un niveau plus profond, plus subtil qui nous permet de dépasser l'ego et nous relier aux sources profondes de l'être.

Actions sur le corps psychique :

Le symbole du Nada est donné par l'histoire de Krishna. Krishna alla dans la forêt à minuit. C'était la pleine lune du premier mois de l'hiver. Il commençait à jouer de la flûte. Le son se répandit dans le calme de l'atmosphère qui y régnait. Il fut entendu par les Gopis (gardiennes de vaches) qui quittèrent immédiatement leurs maisons, et leurs maris, laissant tout sur place. Elles coururent vers la source du Nada et y dansèrent chacune avec Krishna sur cet air de flûte. Krishna doit être compris comme la sphère la plus élevée de la conscience où le Nada de cette sphère émane pendant la pratique du Nada Yoga. Pendant l'émission de ce son profond, les sens et la conscience des sens quittent leur objet d'attachement, de perception respective. Ils rejoignent le son central, de Nada procurant un état de concentration (Dharana) puis de méditation (Dhyana).

On dépassera donc le mental par les pratiques  du Yoga du Son, ainsi que l'intellect qui ne peut nous permettre d'atteindre les couches les plus profondes de la conscience.

Chaque note sera reliée à un centre dans le corps psychique appelé "chakra" . La récitation des mantras ou autres sons va donner de l'énergie, des vibrations qui vont influencer les centres d'énergie et les noeuds psychiques (Granthis) dans le corps. On en distingue 3 types dans le corps psychique :

 

  1. Le siège des plaisirs, des instincts, de l'ignorance,
  2. Le siège des émotions, des passions, des relations aux expériences,
  3. Le siège de la transformation de la conscience, de l'attachement à l'ego et aux expériences spirituelles.

Il existe entre la vision subtile et la perception sonore une interaction qui facilite l'ouverture de la conscience et le développement de l'esprit. Répéter une formule a pour but de conduire l'esprit, par-delà sa signification première, jusqu'à la contemplation de la réalité essentielle.

Le sommeil sera rétabli normalement car les sons diminuent les écarts entre les sommets et les creux de conscience.

Expérience du corps causal :

 

L'expérience ultime en Nada Yoga est un son provenant d'aucun instrument de musique, d'aucun objet frappé. C'est un son inaudible "anahad nada", la musique de la plus haute sphère.

Personne n'est capable de définir ce son inaudible, ou encore la naissance du son, avant le son lui-même. Certains l'appellent le "son cosmique" de OM. D'autres disent qu'il est comme "Brhamari", le bourdonnement de l'abeille, d'autres encore disent que c'est le son du battement du coeur.

C'est le son sans limite, il peut être tous les sons. Mais à ce stade, qui expérimente ? L'ultime réalité est inexprimable, inexplicable.

L'expérience intuitive par Dieu de son propre corps causal est sans langage (mauna), c'est le silence lui-même.

Les pratiques de Nada Yoga ou Yoga du Son à l'YTS de Pont Sainte Marie :

Toutes les personnes peuvent participer aux exercices de Yoga du Son. Il n'est pas nécessaire d'avoir été chanteur, ni de connaître les notes de musique.

Nous mettons en oeuvre progressivement les émissions de sons dans certaines postures de Hatha Yoga et dans certains pranayamas. Nous utilisons aussi l'aide de l'harmonium afin de pouvoir caller sa voix sans être un chanteur professionnel et bénéficier de l'effet de groupe avec tous les participants à l'unisson.

Nous utilisons la pratique d'Ajapa Japa ou récitation de mantras ouverts à tous, sans nécessité d'une transmission par un Guru.

Pour les pratiques d'écoute de sons, nous utilisons aussi le bol tibétain.

Sans rien faire, la personne qui écoute est relaxée profondément de façon néturelle.

 

En résumé, il faut savoir que la perception du son et son émission doivent mener à l'écoute du silence intérieur, le calme mental, la relaxation véritable à toutes les sphères de la personnalité avec ouverture complète de la conscience.

Les temps de pause, les silences sont donc l'essentiel de la pratique. Les sons sont là afin d'entendre, de capter le silence, cette notion de vide remplie de connaissance, d'énergie, de conscience. L'union des 2 : vide et luminosité étant l'état de Yoga, d'union.